Origine et bienfaits

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L’usage thérapeutique de la lumière naturelle en médecine remonte à  la fin du XIXe siècle. Son effet remarquable sur la stimulation du système immunitaire et la  lutte aux infections provoqua le développement des premières techniques  de luminothérapie, récompensées, en 1903, par le prix  Nobel de physiologie ou médecine remis au médecin Danois Niels Finsen.  En France, la technique est popularisée dans les années vingt, entre  autres par Jean Saidman[1], créateur de fameux solariums  tournants à AIx-les-Bains, Vallauris et Jamnagar (Inde), et par les  frères Biancani.

L’invention de la pénicilline et les campagnes de vaccination massive rendirent cette approche moins prometteuse et elle finit presque par  tomber dans l’oubli.

Ce n’est qu’en 1984 que l’utilisation de la luminothérapie en  psychiatrie clinique fit sa premiere apparition pour soigner la  dépression saisonnière[2]. Nous devons cette découverte au Docteur Norman E. Rosenthal et ses collègues du National Institute  of Mental Health aux États-Unis.

Pendant plus de vingt ans, plusieurs chercheurs de par le monde,  explorèrent cette voie pour le traitement de la dépression saisonnière,  les troubles du sommeil et même la dépression non-saisonnière[3]. Mais malgré des résultats spectaculaires, la reconnaissance de cette  technique fut extrêmement longue, au point de décourager certains  chercheurs. Le docteur Lam, auteur d’une vaste étude canadienne[4] sur le sujet, déclara : «C’est une honte qu’un si grand nombre de  personnes ne puissent avoir accès à la luminothérapie, cela, uniquement  parce que les médecins ne connaissent pas ce traitement».

Ce n’est qu’en 2005, après 20 ans d’indifférence mais confronté à  l’évidence de l’efficacité du traitement[5], que les collèges et  associations professionnelles de psychiatries américains reconnaissaient enfin officiellement la luminothérapie comme un traitement efficace, de première ligne, contre la dépression saisonnière et certains troubles  du sommeil.

Mode d’action

Les recherches montrent que le métabolisme de la mélatonine (hormone du sommeil) est déréglé chez les personnes souffrant de dépression saisonnière [6].

On observe chez ces personnes un taux de mélatonine particulièrement  élevé durant le jour[7]. Ceci expliquant la fatigue  durant la journée. La stimulation, le matin, des cellules ganglionnaires de la rétine (photorécepteurs non-imageants) permet de bloquer la  transformation de la sérotonine en mélatonine durant le jour[8] et donc la sécrétion de la mélatonine par l’épiphyse (glande pinéale).

De plus, il y a une «reprogrammation» de l’horloge biologique permettant une sécrétion normale de  la mélatonine la nuit en fonction des phases du sommeil.

Activité  physiologique de la lumière

  • Par son inhibition de la sécrétion de mélatonine, la lumière permet  un réveil amélioré et une meilleure vigilance.
  • Elle régule l’horloge biologique et améliore la synchronisation des  rythmes biologiques : ce qui entraînera une meilleure forme et une  meilleure énergie vitale.
  • Elle stimule les régions de la base du cerveau et augmente le niveau de sérotonine (neurotransmetteur) qui a un effet  antidépresseur et régulateur de l’appétit.

Type de lumière utilisée

Il s’agit du spectre lumineux solaire mais sans infrarouges (IR) et ultraviolets (UV) qui sont nuisibles pour la  peau et la cornée. L’unité d’éclairement est le lux. La dose recommandée par les spécialistes du domaine  est de 10 000 lux pour une période de 20 à 30 minutes le matin.

Habituellement, une lampe au mercure est utilisée mais d’autres  technologies existent. Par contre, certains spécialistes ont des  réserves quant à la nouvelle technologie DEL (diodes  électroluminescentes) qui utilise des longueurs d’ondes plus courtes de  couleur bleuté. Il apparaît que cette technologie utilisée à long terme  pourrait provoquer l’apoptose (mort cellulaire) dans la rétine. Jusqu’à  maintenant, seules les études chez les animaux ont pu montrer un tel  effet. Il est cependant prudent d’utiliser les lampes de luminothérapie à lumière blanche qui ont prouvé leur effets et qui sont utilisées depuis plus de 20 ans  sans dommage à long terme.

Indications

Dépression saisonnière ou blues de  l’hiver

La dépression saisonnière se  caractérise par une baisse d’énergie et une augmentation de l’appétence  pour le sucre. Si un sujet présente ces symptômes du mois d’octobre au  mois de mars pendant au moins deux années consécutives, on parlera de dépression saisonnière (Winter blues). On peut considérer que 10 à 15 %  de la population du Benelux souffre de dépression saisonnière dont plus  ou moins 75 % de femmes et 25 % d’hommes. Un pourcent de cette population nécessite une hospitalisation. Selon des médecins  américains, la lumière constitue un traitement de premier choix pour  soigner ce type d’affection et présente l’avantage d’éviter les effets  secondaires des médicaments.

(Dr Norman E. Rosenthal et Gérard  Pons : “Soif de lumière” Jouvence éditions)

Dépressions non saisonnières

Certaines études américaines proposent l’association de la  luminothérapie et d’un antidépresseur sérotoninergique. Cette association permet de raccourcir le délai de réponse de  l’antidépresseur et, même dans certains cas, de diminuer le dosage des  médicaments. Utilisée en fin de traitement, la luminothérapie permet  d’allonger la période de “bien-être” du patient.

Travail de nuit ou  travail de “pauses”

Pour un travail de nuit, la luminothérapie est utilisée au  moment qui correspond au début de la journée de travail. Une deuxième  exposition à la lumière est préconisée vers 1h. du matin (moment du  “coup de pompe”) et en fin de travail, la personne évitera la lumière du matin afin de mieux dormir durant la journée.

Pour un travail de “pauses”, il faut qu’il n’y ait pas de  changement d’horaires sur une durée de minimum 7 jours. À ce moment-là,  il faudra adapter chaque changement d’horaire de travail en se basant  sur les traitements de luminothérapie préconisés dans le décalage  horaire (changement de fuseau horaire lors de voyage aérien).

Troubles du sommeil  et luminothérapie

La luminothérapie permet de remettre à l’heure l’horloge interne du  patient qui présente des décalages de phases ou des insomnies.

1) Avance de phase du sommeil : le patient s’endort tôt  (17 h. p. ex.) et se réveille tôt (p. ex. 3 h. du matin). Une séance de  luminothérapie vers 17 h. retardera la phase de sommeil vers la nuit.

2) Retard de phase de sommeil : le patient s’endort tard  et se réveille tard. Une séance matinale de luminothérapie recalera la  phase de sommeil vers la nuit.

3) “Mauvais sommeil” : une séance matinale de  luminothérapie améliorera le sommeil du patient tout en évitant les  effets secondaires des hypnotiques (somnolence matinale, diminution de  la mémoire et décapitation des phases III et IV du sommeil (phases de  récupération), diminution de la libido, risques d’accoutumance et de  dépendance).

La luminothérapie a été citée comme une des meilleures thérapies non  médicamenteuses de l’insomnie.

Voyage  aérien : décalage horaire ou “jetlag”

Lorsqu’une personne voyage en “sautant” des fuseaux horaires, elle  ressent un état de fatigue ou d’éveil à un mauvais moment de la journée. Pour se remettre en phase avec le nouvel horaire du pays dans lequel on va, nous avons besoin d’un jour de “réadaptation” par fuseau horaire  “sauté” . À titre d’exemple, un voyage Benelux ↔ États-Unis engendre un  décalage de 6 heures par rapport à l’horaire de départ. Un individu  normal aurait besoin normalement de 6 jours de “réadaptation” au nouvel  horaire mais, grâce à la luminothérapie, 1 à 2 jours lui suffiront.  Chaque voyage devra être analysé individuellement et certaines  méthodes de calcul permettent d’établir des traitements de  luminothérapie différents selon le nombre de fuseaux horaires “sautés”.

Quelques conseils supplémentaires :

  • Dans l’avion, boire au moins deux litres d’eau (en évitant l’alcool  et le café).
  • Se mettre directement à l’heure de la destination : régler la  montre à l’heure de la destination future et imaginer la présence sur  place.
  • Adapter le comportement en fonction du nouvel horaire.
  • Pour rester éveillé plus longtemps, prendre un repas riche en protéines (viandes). Consommer des protéines, riches en tyrosine et pauvres en sucres augmente l’excitation des neurotransmetteurs dont la sérotonine et provoque l’éveil.
  • Pour trouver le sommeil, prendre un repas riche en glucides. Consommer des produits comme du lait riche en tryptophane (précurseur de la sérotonine) et des produits sucrés augmentant  le taux d’insuline et aidant le transport du tryptophane à  travers la barrière hémato-encéphalique  provoquera une augmentation du taux de mélatonine.

Pour préparer votre voyage vers l’est :

Deux jours avant votre départ, réveiller-vous 2 h. plus tôt chaque  jour et faites une séance de luminothérapie le matin au lever pendant ½  h.

Pour préparer votre voyage vers l’ouest :

Les deux jours qui précèdent votre voyage, vous pouvez faire une  séance de luminothérapie (½ h.) le soir, 2h. plus tard chaque jour.

Remise à l’heure  de l’horloge biologique

La chronobiologie préconise la prise d’un  médicament en fonction du métabolisme de celui-ci en effet notre horloge biologique règle les rythmes hépatiques. En  choisissant une heure bien précise pour la prise d’un médicament,  variable selon le type de médicament, le thérapeute pourra optimaliser  le traitement et se permettre de diminuer les doses de celui-ci. Ce  cas bien particulier de la médecine est utilisé en cancérologie où l’on a recours à des  médicaments très toxiques. En cas de cancer, le patient subit des  décalages par rapport à une journée normale, ceux-ci étant dus à son  état de stress, d’insomnies, de nausées… La luminothérapie utilisée en  début de traitement permettra de remettre l’horloge biologique interne  du patient en phase par rapport à l’horloge réelle de la journée. Le  thérapeute pourra alors choisir la meilleure heure pour l’administration du traitement anti-cancéreux.

Syndrome de fatigue chronique

Pour le médecin, le diagnostic n’est pas aisé et ce type  d’état du patient est très controversé. Cette fatigue intense peut  “cacher” bon nombre de problèmes : dépression, fibromyalgie, mononucléose infectieuse… De  manière générale, la luminothérapie, par son action régulatrice sur le  rythme circadien (+/-24h.), aura une  action bénéfique sur la fatigue de la personne. Certains individus ont  été soulagés de cet état de fatigue anormal par une simple exposition  matinale à la lumière.

États  dépressifs avant et après accouchement

Une femme sur dix environ présente un état dépressif pendant sa  grossesse. Pendant la période de gestation, le médecin évite autant que  possible l’utilisation de médicaments (effets tératogènes, effets abortifs…). Un grand nombre de patientes  présenteront un état dépressif après l’accouchement (baby blues). Des séances de luminothérapie  commencées pendant la grossesse et poursuivies après l’accouchement  amélioreront l’état dépressif ante- et post-partum.

Syndrome prémenstruel

Le syndrome prémenstruel est un désordre  applicable aux jours précédant les menstruations chez certaines femmes. Il est caractérisé par une prise de poids notable due à une rétention  hydrosaline excessive, par un gonflement douloureux des seins, des maux  de tête, les jambes lourdes, des éruptions cutanées ou  d’herpès et par des troubles du comportement : nervosité, anxiété,  émotivité, dépression… Cet état est dû à un déséquilibre du rapport  sérotonine / mélatonine. La lumière peut rétablir cet équilibre. On  préconisera une simple luminothérapie quelques jours avant l’apparition  habituelle de ces symptômes.

Fatigue dans la sclérose en plaques et dans la maladie de Parkinson

Une séance de luminothérapie matinale peut améliorer les états de  fatigue intenses que connaissent les personnes atteintes de sclérose en plaques ou de la maladie de Parkinson. Un examen ophtalmologique est nécessaire.

Personnes  âgées et démence sénile

Les personnes âgées présentent souvent des avances de phase du  sommeil : la personne s’endort tôt et se réveille tôt. Une  exposition à la lumière vers 17h. retardera l’apparition du sommeil et  décalera ainsi la phase de sommeil vers la nuit. Le personnel  soignant est restreint pendant la nuit, ce qui augmente les risques  d’accident des personnes âgées qui se relèvent la nuit sans  surveillance. N’oublions pas que beaucoup d’hypnotiques présentent de  nombreux effets secondaires notamment des effets négatifs sur la  mémoire, sur l’équilibre, ils diminuent la vigilance, ils provoquent des effets de sédation nocturne mais aussi diurne, ils ont un effet  dépressif et provoquent une dépendance et une accoutumance. La  luminothérapie ne présente pas ces inconvénients et est certainement  très bien placée pour remplacer ou, en tout cas, diminuer les  hypnotiques.

États cognitifs et perturbation des cycles sommeil-éveil dans la maladie d’Alzheimer

Ces états sont dus à une dégénérescence des cellules de l’horloge  biologique à cause de la maladie. En début de maladie, lorsque  l’horloge biologique est encore active, on peut espérer améliorer l’état général du patient en l’exposant à une séance matinale de  luminothérapie. (La lumière améliore la synchronisation des rythmes  biologiques).

Boulimieanorexie– prise de poids

Les états compulsifs alimentaires tels que la boulimie et l’anorexie peuvent être améliorés par une séance matinale de luminothérapie. Une  étude parue dans le Int. Journ. of eat disorders (janvier 2003  vol 33;76-77) propose une “aide” thérapeutique au moyen de la  luminothérapie à toutes les adolescentes atteintes d’anorexie. Dans les  prises de poids, la luminothérapie pourra venir en aide dans le sens où  elle diminue les appétences pour le sucre. Ces compulsions alimentaires  sont plus souvent présentes au début de l’automne et pendant toute la  période automne – hiver. Cet attrait pour le sucre est dû à un manque de sérotonine. En mangeant du sucre, l’augmentation  du taux d’insuline permet un passage plus aisé du tryptophane (précurseur de la sérotonine) au niveau de la barrière hémato-encéphalique.  Ce réflexe peut être compris comme un réflexe de régulation interne.

Abstinence  alcoolique

Une étude parue dans le Journal of Clinical Psychiatry (1993)  (Jul, 54.7, 260-2) démontre que la “noirceur” appelle l’alcool.  Sans facteur de stress ajouté, des rats soumis à une noirceur totale  préfèrent boire de l’alcool que de l’eau. Dans ce même journal, l’auteur montre que la luminothérapie peut s’avérer très utile dans les sevrages alcooliques. On peut remarquer que les rechutes dans l’alcoolisme sont  plus fréquentes pendant la période automne – hiver. Spécialement pendant cette période, une séance matinale de luminothérapie administrée à ces  patients les aidera à prévenir les rechutes. Par son effet stabilisateur sur le sommeil et sur la composition de celui-ci, la lumière utilisée  pendant le sevrage alcoolique trouvera une place de choix en complément  avec les traitements conventionnels.

Sport

Des études ont été faites sur l’état de vigilance du cerveau de  volontaires exposés ou non à la lumière. Il s’avère que les personnes  exposées à une lumière intense répondent plus rapidement et avec plus de discernement que celles mises dans la pénombre. Les sportifs,  pratiquant un sport nécessitant une grande attention, verront un  intérêt certain dans l’utilisation de la luminothérapie. Pour les  sportifs professionnels, un problème de décalage horaire peut s’ajouter.

Personnes actives et en bonne santé

Une courte séance de luminothérapie, dans les deux heures après le  lever, procure le même tonus qu’une matinée ensoleillée de printemps ou  d’été.

Effets secondaires

La lumière étant dépourvues d’ultra-violets et d’infra-rouges, la  luminothérapie est a priori dépourvue d’effets secondaires. On observe  parfois de légers maux de tête et de l’insomnie, surtout en début de  traitement. Une diminution de la durée d’exposition et un espacement  plus importants des séances fera disparaître ces petits inconvénients.

Il faudra être prudents chez les personnes sensibles à la lumière,  soignées aux sels de lithium ou aux tétracyclines (sensibilisants).

La prudence est de règle chez les maniaco-dépressifs  (c’est-à-dire souffrant de maladie bipolaire) qui ne feront pas  de luminothérapie en dehors d’une surveillance médicale : risque de faire un état maniaque, d’autant plus important si le patient a  tendance à prolonger les séances de luminothérapie. On conseille aux  maniaco-dépressifs des séances de 10 minutes pendant les phases  dépressives et un arrêt du traitement dès amélioration des symptômes.

Contre-indications

Références

  1. Thierry Lefebvre, Cécile Raynal, Les  solariums tournants du Dr Jean Saidman, Paris, Glyphe, 2010
  2. Rosenthal NE, et al. Seasonal  affective disorder. A description of the syndrome and preliminary findings with light therapy. Arch Gen Psychiatry. 1984 Jan;41(1)
  3. Tuunainen A, Kripke DF, Endo T. Light  therapy for non-seasonal depression. Cochrane Database Syst Rev.  2004(2):CD004050
  4. Lam RW, Levitt AJ, et al. The Can-SAD study: a randomized controlled trial of the effectiveness of light  therapy and fluoxetine in patients with winter seasonal affective  disorder. Am J Psychiatry. 2006;163(5):805-12.
  5. Golden RN, Gaynes BN, et al. The  efficacy of light therapy in the treatment of mood disorders: a review  and meta-analysis of the evidence. Am J Psychiatry.  2005;162(4):656-62.
  6. Pacchierotti C, Iapichino S, et al. Melatonin in psychiatric disorders: a review on the melatonin involvement in  psychiatry. Front Neuroendocrinol. 2001 Jan;22(1):18-32. Synthèse  d’études
  7. Karadottir R, Axelsson J. Melatonin  secretion in SAD patients and healthy subjects matched with respect to  age and sex. Int J Circumpolar Health. 2001 Nov;60(4):548-51
  8. Pizzorno JE Jr, Murray Michael T (Ed).  Textbook of Natural Medicine, Churchill Livingstone, États-Unis, 1999,  p. 1054.

Ce document provient de « http://fr.wikipedia.org/wiki/Luminoth%C3%A9rapie».

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